Melitaea ignasiti
         
aucun nom vernaculaire  
aucun nom vernaculaire  
           
 
Introduction
Originaire d'Amérique du sud (Argentine, Uruguay), le Sphinx du palmier a été accidentellement introduit en Europe lors de l'importation de palmiers d'ornement qui hébergeaient des larves. Les premières observations du papillon ont été faites en Espagne en 2000 et les premières publications scientifiques relatant sa présence en Espagne (Catalogne) et en France (département du Var) datent de 2001. Son arrivée remonte probablement au début des années 90 puis cette espèce s'est remarquablement acclimatée ensuite. Elle a pu accroître ses populations et son aire de répartition en Europe, ce qui en fait une espèce invasive et même nuisible pour de nombreuses espèces de palmiers aux dépens desquelles la larve du papillon se développe.
En France, les observations se multiplient dans plusieurs régions depuis 2015 notamment en Occitanie, en Aquitaine, en Provence. Les internautes font régulièrement part au site www.fleetingwonders.com de leurs observations, ce qui a motivé la création de cette page informative.

Description
Unique en son genre en Europe, ce remarquable papillon est aisément reconnaissable. Actif de jour, il fait partie des lépidoptères hétérocères (regroupant entre autres les Zygènes, Sphinx et tous les papillons dits "de nuit"). Il est de grande taille (envergure moyenne : 7.5 cm pour les mâles, 8.6 cm pour les femelles) et a un aspect trapu (cf photos 1 à 6 ci-dessous).  Il atteint 70km/h en vol et le battement de ses ailes est audible, ce qui rend ce grand papillon voyant et spectaculaire. La différenciation des sexes est difficile sans examen des pièces génitales.

Cycle de vie
En Europe, les papillons volent principalement de mi-mai à fin-août et leur durée de vie est de l'ordre de 2 semaines. Au cours de la période de vol, les papillons ne s'alimentent pas et se reproduisent. Les femelles pondent leurs oeufs au sommet du stipe de divers palmiers, surtout les Trachycarpus, Chamaerops, Phoenix, Washingtonia, Butia, Trithrinax.
Les papillons émergent en matinée et volent aux heures les plus chaudes de la journée. Lorsqu'ils ne volent pas, les individus restent immobiles sur les stipes des palmiers ("troncs") ou autres supports voisins.
Une femelle pond environ 140 oeufs, qu'elle dépose un à un au niveau de la couronne du palmier (partie haute de la plante d'où naissent les palmes) (cf photos 7 et 8). Les oeufs, pondus au sein de la gaine de fibres de la couronne, sont beiges, non-adhérents au support et ressemblent à des grains de riz de 5 mm de long environ. Quelques jours après la ponte, l'oeuf éclot. La petite larve pénètre rapidement dans le palmier en forant un trou et restera ensuite dans la plante tout le temps de sa croissance pendant 1 ou 2 ans. Elle se nourrit de la base des palmes et du coeur de la plante en forant des galeries au sein desquelles elle grandit. Elle effectue en principe 9 mues pour atteindre une taille maximale de près de 9 cm. Tous les oeufs éclosent l'été même (année N) et les larves passeront le premier hiver à l'abri dans la plante, puis donneront les papillons de l'année suivante (année N+1) ; une petite partie d'entre elles restera au stade larvaire durant l'année N+1 et passera un nouvel hiver, pour fournir des papillons à la génération de l'année d'après (année N+2).
Lorsque la larve a achevé sa croissance (de mi-mars à mi-juillet), elle sort du stipe pour construire un cocon bien camouflé dans la gaine de fibres externe. Une fois dans son cocon, la larve se transforme en chrysalide en effectuant sa mue nymphale. Après environ 2 mois de stade nymphal, le papillon émerge du cocon en s'extirpant de l'enveloppe nymphale. Ces dépouilles sont visibles en haut du stipe du palmier et tombent parfois au sol (cf photos 9 à 13).
Les palmiers fortement infestés ne résistent pas aux attaques des chenilles et dépérissent après 2 ou 3 années. Les palmiers infestés montrent des perforations au niveau des palmes créées par les larves au moment où ces palmes étaient encore des ébauches au coeur du palmier (cf photos 14, 15 et 16). D'autres signes d'infestation sont visibles tels que des amas de "sciure" (excréments des larves) prés de la couronne, le développement anormal des palmes ou du stipe, le dessèchement de palmes.

Ennemis naturels
Certains parasites naturels peuvent causer la destruction d'oeufs du papillon en Europe, mais leur impact réel sur la population de Paysandisia semble modéré.
La larve passe son existence à l'abri au sein du palmier ce qui lui permet d'être protégée des prédateurs.
Certains oiseaux comme les pies peuvent occasionnellement se nourrir des papillons.
Le froid hivernal (températures négatives persistantes) peut causer des pertes importantes parmi les larves, tandis que les principaux palmiers hôtes (Trachycarpus, Chamaerops, Washingtonia) résistent bien aux froids négatifs. L'intensité du froid hivernal empêchera sans doute l'implantation durable de l'espèce dans les contrées du nord de l'Europe, mais ne sera pas suffisante dans les zones méridionales pour entrainer sa disparition (France, Espagne, Italie, Grèce).

Références bibliographiques
- Víctor Sarto i Monteys and Lluís Aguilar, Nachr. entomol. Ver. Apollo, N. F. 26 (1/2): 61–94 (2005). The Castniid Palm Borer, Paysandisia archon (Burmeister, 1880) in Europe : Comparative biology, pest status and possible control methods (Lepidoptera: Castniidae)
- Roxane Delle-Vedove,  Thèse pour obtenir le grade de docteur de l'Université Montpellier 2 présentée et soutenue publiquement le 12 décembre 2011. Médiation chimique et processus invasif chez Paysandisia archon (Lepidoptera : Castniidae), lépidoptère inféodé aux palmiers en région méditerranéenne
 
   
1] Paysandisia archon - Haute Garonne (France) - 12/08/2018   2] autre individu - Haute Garonne (France) - 12/08/2018  
       
       
   
3] autre individu - Haute Garonne (France) - 11/08/2018   4] autre individu - Haute Garonne (France) - 12/08/2018  
       
       
   
5] autre individu - Haute Garonne (France) - 12/08/2018
 
  6] femelle de Paysandisia archon - Haute Garonne (France) - 26/08/2018  
       
       
   
7] femelle de Paysandisia archon pondant des oeufs au sommet d'un palmier de l'espèce Trychocarpus fortunei - Haute Garonne (France) - 12/08/2018   8] même scène que 7]

 
 
       
       
   
9] Restes du tégument de la chrysalide après l'émergence du papillon. Le cocon renfermant la chrysalide est bien camouflé au sein de la gaine fibreuse périphérique du palmier. Au cours de l'émergence du papillon, la chrysalide s'extériorise partiellement du cocon et devient visible - Haute Garonne (France) - 02/09/2018   10] autre chrysalide - Haute Garonne (France) - 02/09/2018




 
 
       
       
   
11] vue du tégument d'une chrysalide extrait du cocon - Haute Garonne (France) - 02/09/2018   12] autre vue de 11]
 
 
       
       
   
13] gros-plan de 11]. La structure épineuse du tégument permet l'ancrage de la chrysalide sur la paroi interne du cocon. Cette paroi est faite de fils de soie consolidés par un mucus durci produit par la chenille au moment de la construction du cocon - Haute Garonne (France) - 26/08/2018

 
  14] signes d'infestation d'un palmier Trachycarpus fortunei, avec des perforations en arc sur la palme causées par une larve au moment où elle se nourrissait au coeur du palmier. La larve fore des tunnels traversant l'organe de production foliaire du palmier et occasionne des dommages irréversibles aux futures palmes en cours d'élaboration - Haute Garonne (France) - 26/08/2018  
       
       
   
15] autre exemple de signe d'infestation d'un palmier Trachycarpus fortunei - Haute Garonne (France) - 12/08/2018   16] autre exemple de signe d'infestation d'un palmier Trachycarpus fortunei - Haute Garonne (France) - 26/08/2018